1970
Des excités des maths osent initialiser la quête du Graal des physiciens : trouver la «théorie du tout », capable par exemple d’unifier les deux plus grands monuments de la science moderne : la mécanique quantique et la relativité générale. L’une explique tout, au niveau des plus intimes structures de la matière, l’autre règne en maître entre les galaxies et autour des trous noirs. Les fondements de la théorie des « supercordes » sont en train de naître. Elle relèvera le défi.
Les cordes – sortes de minuscules élastiques vibrant, aussi petits par rapport aux atomes que les atomes sont petits par rapport aux objets de notre monde – ont la prétention de représenter TOUTES les particules élémentaires. Quand une corde vibre, c’est comme une note d’où émergerait telle particule. L’univers, c’est la symphonie de tous ces milliards de milliards de milliards... de notes.
2010
Quarante ans après son élaboration, on ne sait toujours pas comment vérifier cette théorie en raison des énergies considérables qu’il faudrait déployer pour le faire.
A cheval sur la frontière franco-suisse, une gigantesque machine de 27km de circonférence enfouie à 100m sous terre commence à fonctionner depuis 2008. C’est le plus puissant accélérateur de particules de tous les temps, le LHC, construit par le CERN pour tenter de valider des théories concernant la physique des particules élémentaires. Sera-t-il capable de dire que les cordes existent ?
Un jour prochain, peut-être, des physiciens crieront victoire. Le monde ne sera plus comme avant car les conceptions mêmes de l’homme de la rue seront ébranlées et en pleine page des journaux on pourra lire :
« On a découvert d’autres dimensions ! »
Car, si les cordes existent vraiment elles doivent impérativement vibrer dans un espace à dix ou onze dimensions : nos trois dimensions d’espace bien connues et notre chère dimension temporelle, auxquelles il faudra ajouter six ou sept autres dimensions cachées. Elles sont, paraît-il, repliées sur elles-mêmes, car au comble de l’étrange, ces dimensions supplémentaires seraient courbes, tordues, voire chiffonnées.
Certains théoriciens osent aller plus loin, ils imaginent les pénétrer. Et si, dans ces dimensions supplémentaires, il y avait des dimensions temporelles ?... Là, le vertige nous gagne.
Comment concevoir un univers à plusieurs temps ?
Comment concevoir un temps replié sur lui-même, brisant de fait la flèche du temps et par là même le principe de causalité : un fait ne pouvant précéder sa cause ?
Ou, et encore plus étrange …
Comment concevoir un espace sans le temps ?!
Une chose est certaine : si, dans les années qui viennent, le LHC devait vraiment valider la théorie des supercordes, c’est toute notre conception du monde, aussi bien physique que philosophique, qu’il faudrait revoir.
Sommes-nous à l’aube d’une autre physique ?
5025
Depuis deux mille ans, les vaisseaux-lumière se reproduisent et essaiment dans la galaxie…

Les propulseurs photoniques donnèrent aux vaisseaux-lumière l’apparence de petites étoiles qui atteignirent des vitesses relativistes très proches de celle de la lumière.
Ils s’éloignèrent ainsi les uns des autres de plusieurs centaines d’années-lumière. Parallèlement, la mise en place du système de télétransportation instantanée, connu sous le nom de Réseau Hyper Espace-Temps ou RHET, brisa définitivement l’une des bases les plus solides de la physique. La notion de temps relatif avait vécu. Tous les vaisseaux utilisaient de nouveau la notion de temps absolu, si chère aux anciens Terriens vivant avant le XX-ième siècle.
C’est ainsi que les humains, enfermés dans leurs huit prodigieux cylindres, quittèrent définitivement le système solaire devenu inhospitalier. Les vaisseaux-lumière divergèrent dans le bras galactique. Grâce au progrès réalisé en parallèle sur l’exploitation des dimensions supérieures à quatre de l’espace-temps et aux nouveaux modèles de conscience artificielle, le RHET finit par être opérationnel à l’aube du XXXI-ième siècle. Les Huit Premiers furent équipés de centres de communication permettant le passage immédiat entre tous les vaisseaux. Les bases mêmes de la relativité volèrent en éclats. Les physiciens du XX-ième siècle se retournèrent dans leur tombe.
On oublia le système solaire et la Terre avec lui.
Si, dans Polynesia, le RHET, le fantastique outil de communication instantanée entre les vaisseaux-lumière, repose surtout sur l’utilisation des dimensions cachées de l’espace-temps, rendues possibles à partir du 31-ième siècle en raison de la validation des théories super-M de grande unification issues de la très ancienne théorie des supercordes, il repose aussi sur le PACQ.
Le PACQ, le Principe Anthropique de Conscience Quantique, stipule que la télétransportation instantanée d’une conscience naturelle est possible, quelle que soit la distance, s’il s’agit de matière vivante consciente d’elle-même. Aucun animal invertébré, aucun objet, ne peuvent passer par le RHET. La conséquence est sans appel : c’est complètement nus que les humains du 51-ième siècle passent instantanément avec leur conscience entre des vaisseaux qui peuvent être éloignés de plusieurs centaines d’années-lumière.
Voilà pourquoi une caste très spéciale d’iH est apparue comme indispensable : celle des Acom, des Agents communicateurs, des spécialistes du stockage conscients zéro-défaut de très grandes quantités d’informations. On stocke n’importe quel type de données dans leur mémoire. Ils les passent avec eux par le RHET, ce sont des sortes de « facteurs ».

26 mai 5025.
Vaisseau-lumière des Nuages du Taureau
Central du RHET
AngKor, comme tout Agent Communicateur, s’apprête à passer par le Réseau Hyper Espace Temps, le RHET. Il est entré dans la phase d’intense stockage d’informations déferlant dans sa conscience.
Avec le temps, on construit, on forge son souvenir, on le peaufine, il est choyé, préservé, jamais tout à fait le même, mais gardant toujours une odeur, liée à l’essence temporelle de sa création, un parfum de jeunesse que l’on n’oublie jamais. En revanche, sans le temps, comme en ce moment, le quanta d’informations engrangé, accumulé, forcé trop rapidement au tréfonds de la mémoire, n’est pas encore un vrai souvenir. Certes, il pourrait le devenir. Il pourrait changer de statut, mais il risquerait alors de provoquer de graves dérèglements, entraînant une irrémédiable perte de conscience de soi. Pour comprendre les mécanismes intimes de la mémorisation et de la démémorisation, il fallait donc en savoir un peu plus sur les trois maîtres du temps, le passé, le présent et l’avenir, et sur les liens qu’ils entretiennent avec les repliements de l’espace-temps.
Un torrent d’informations se déverse dans la mémoire d’AngKor. Sans entraînement, cette agression lui serait fatale. Mais c’est un Agent communicateur bien entraîné. Il contrôle parfaitement le débit terrible qui l’envahit avec la régularité et la détermination d’une marée montante. Il se détend, pratique régulièrement de courtes apnées qui adoucissent l’agression d’hypermémorisation dont il est l’objet. Il voit, ressent et construit des souvenirs temporaires qui ne sont pas à lui. Il les superpose aux siens. C’est ça, la mémoire. Jamais l’information propre à l’identité d’AngKor n’est effacée, tout simplement parce que la vraie mémoire n’est pas une boîte dans laquelle on met quelque chose, pas plus qu’elle ne serait l’état magnétique, optique, ou autre, de quelques molécules sur un support synthétique, ou encore l’état électrique d’une assemblée de neurones ! Non, mémoire et temps ne sont en fait que des états de quelque chose d’autre que l’homme n’a pas su concevoir avant le XXXe siècle. Cependant, c’est avec ces nouveaux métaconcepts qu’AngKor préserve en ce moment même sa propre identité. C’est grâce à de nouvelles approches qu’il est capable d’emmagasiner… le terme est impropre, disons plutôt qu’il est capable, tout en étant lui-même, d’être momentanément un autre.
Des excités des maths osent initialiser la quête du Graal des physiciens : trouver la «théorie du tout », capable par exemple d’unifier les deux plus grands monuments de la science moderne : la mécanique quantique et la relativité générale. L’une explique tout, au niveau des plus intimes structures de la matière, l’autre règne en maître entre les galaxies et autour des trous noirs. Les fondements de la théorie des « supercordes » sont en train de naître. Elle relèvera le défi.
Les cordes – sortes de minuscules élastiques vibrant, aussi petits par rapport aux atomes que les atomes sont petits par rapport aux objets de notre monde – ont la prétention de représenter TOUTES les particules élémentaires. Quand une corde vibre, c’est comme une note d’où émergerait telle particule. L’univers, c’est la symphonie de tous ces milliards de milliards de milliards... de notes.
2010
Quarante ans après son élaboration, on ne sait toujours pas comment vérifier cette théorie en raison des énergies considérables qu’il faudrait déployer pour le faire.
A cheval sur la frontière franco-suisse, une gigantesque machine de 27km de circonférence enfouie à 100m sous terre commence à fonctionner depuis 2008. C’est le plus puissant accélérateur de particules de tous les temps, le LHC, construit par le CERN pour tenter de valider des théories concernant la physique des particules élémentaires. Sera-t-il capable de dire que les cordes existent ?
Un jour prochain, peut-être, des physiciens crieront victoire. Le monde ne sera plus comme avant car les conceptions mêmes de l’homme de la rue seront ébranlées et en pleine page des journaux on pourra lire :
« On a découvert d’autres dimensions ! »
Car, si les cordes existent vraiment elles doivent impérativement vibrer dans un espace à dix ou onze dimensions : nos trois dimensions d’espace bien connues et notre chère dimension temporelle, auxquelles il faudra ajouter six ou sept autres dimensions cachées. Elles sont, paraît-il, repliées sur elles-mêmes, car au comble de l’étrange, ces dimensions supplémentaires seraient courbes, tordues, voire chiffonnées.
Certains théoriciens osent aller plus loin, ils imaginent les pénétrer. Et si, dans ces dimensions supplémentaires, il y avait des dimensions temporelles ?... Là, le vertige nous gagne.
Comment concevoir un univers à plusieurs temps ?
Comment concevoir un temps replié sur lui-même, brisant de fait la flèche du temps et par là même le principe de causalité : un fait ne pouvant précéder sa cause ?
Ou, et encore plus étrange …
Comment concevoir un espace sans le temps ?!
Une chose est certaine : si, dans les années qui viennent, le LHC devait vraiment valider la théorie des supercordes, c’est toute notre conception du monde, aussi bien physique que philosophique, qu’il faudrait revoir.
Sommes-nous à l’aube d’une autre physique ?
5025
Depuis deux mille ans, les vaisseaux-lumière se reproduisent et essaiment dans la galaxie…

Un extrait de Polynesia
Les propulseurs photoniques donnèrent aux vaisseaux-lumière l’apparence de petites étoiles qui atteignirent des vitesses relativistes très proches de celle de la lumière.
Ils s’éloignèrent ainsi les uns des autres de plusieurs centaines d’années-lumière. Parallèlement, la mise en place du système de télétransportation instantanée, connu sous le nom de Réseau Hyper Espace-Temps ou RHET, brisa définitivement l’une des bases les plus solides de la physique. La notion de temps relatif avait vécu. Tous les vaisseaux utilisaient de nouveau la notion de temps absolu, si chère aux anciens Terriens vivant avant le XX-ième siècle.
C’est ainsi que les humains, enfermés dans leurs huit prodigieux cylindres, quittèrent définitivement le système solaire devenu inhospitalier. Les vaisseaux-lumière divergèrent dans le bras galactique. Grâce au progrès réalisé en parallèle sur l’exploitation des dimensions supérieures à quatre de l’espace-temps et aux nouveaux modèles de conscience artificielle, le RHET finit par être opérationnel à l’aube du XXXI-ième siècle. Les Huit Premiers furent équipés de centres de communication permettant le passage immédiat entre tous les vaisseaux. Les bases mêmes de la relativité volèrent en éclats. Les physiciens du XX-ième siècle se retournèrent dans leur tombe.
On oublia le système solaire et la Terre avec lui.
Si, dans Polynesia, le RHET, le fantastique outil de communication instantanée entre les vaisseaux-lumière, repose surtout sur l’utilisation des dimensions cachées de l’espace-temps, rendues possibles à partir du 31-ième siècle en raison de la validation des théories super-M de grande unification issues de la très ancienne théorie des supercordes, il repose aussi sur le PACQ.
Le PACQ, le Principe Anthropique de Conscience Quantique, stipule que la télétransportation instantanée d’une conscience naturelle est possible, quelle que soit la distance, s’il s’agit de matière vivante consciente d’elle-même. Aucun animal invertébré, aucun objet, ne peuvent passer par le RHET. La conséquence est sans appel : c’est complètement nus que les humains du 51-ième siècle passent instantanément avec leur conscience entre des vaisseaux qui peuvent être éloignés de plusieurs centaines d’années-lumière.
Voilà pourquoi une caste très spéciale d’iH est apparue comme indispensable : celle des Acom, des Agents communicateurs, des spécialistes du stockage conscients zéro-défaut de très grandes quantités d’informations. On stocke n’importe quel type de données dans leur mémoire. Ils les passent avec eux par le RHET, ce sont des sortes de « facteurs ».

Un extrait de Polynesia
26 mai 5025.
Vaisseau-lumière des Nuages du Taureau
Central du RHET
AngKor, comme tout Agent Communicateur, s’apprête à passer par le Réseau Hyper Espace Temps, le RHET. Il est entré dans la phase d’intense stockage d’informations déferlant dans sa conscience.
Avec le temps, on construit, on forge son souvenir, on le peaufine, il est choyé, préservé, jamais tout à fait le même, mais gardant toujours une odeur, liée à l’essence temporelle de sa création, un parfum de jeunesse que l’on n’oublie jamais. En revanche, sans le temps, comme en ce moment, le quanta d’informations engrangé, accumulé, forcé trop rapidement au tréfonds de la mémoire, n’est pas encore un vrai souvenir. Certes, il pourrait le devenir. Il pourrait changer de statut, mais il risquerait alors de provoquer de graves dérèglements, entraînant une irrémédiable perte de conscience de soi. Pour comprendre les mécanismes intimes de la mémorisation et de la démémorisation, il fallait donc en savoir un peu plus sur les trois maîtres du temps, le passé, le présent et l’avenir, et sur les liens qu’ils entretiennent avec les repliements de l’espace-temps.
Un torrent d’informations se déverse dans la mémoire d’AngKor. Sans entraînement, cette agression lui serait fatale. Mais c’est un Agent communicateur bien entraîné. Il contrôle parfaitement le débit terrible qui l’envahit avec la régularité et la détermination d’une marée montante. Il se détend, pratique régulièrement de courtes apnées qui adoucissent l’agression d’hypermémorisation dont il est l’objet. Il voit, ressent et construit des souvenirs temporaires qui ne sont pas à lui. Il les superpose aux siens. C’est ça, la mémoire. Jamais l’information propre à l’identité d’AngKor n’est effacée, tout simplement parce que la vraie mémoire n’est pas une boîte dans laquelle on met quelque chose, pas plus qu’elle ne serait l’état magnétique, optique, ou autre, de quelques molécules sur un support synthétique, ou encore l’état électrique d’une assemblée de neurones ! Non, mémoire et temps ne sont en fait que des états de quelque chose d’autre que l’homme n’a pas su concevoir avant le XXXe siècle. Cependant, c’est avec ces nouveaux métaconcepts qu’AngKor préserve en ce moment même sa propre identité. C’est grâce à de nouvelles approches qu’il est capable d’emmagasiner… le terme est impropre, disons plutôt qu’il est capable, tout en étant lui-même, d’être momentanément un autre.
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